Prendre la parole en public : oser être soi et prendre sa place
Et si vous passiez du papier glacé à la 3D ?
Lorsque je demande aux participants de mes stages de prise de parole de se présenter, je remarque souvent quelque chose d'intéressant. Les présentations sont généralement correctes, parfois même très bien construites.
Chacun explique ce qu'il fait, son parcours, ses activités, éventuellement les raisons qui l'ont amené à suivre cette formation.Tout est bien présenté. Tout est à sa place. Mais rien ne dépasse.
C'est ce que j'appelle une présentation sur papier glacé. Une image soignée, bien lisse, dans laquelle on ne découvre finalement qu'une petite partie de la personne. Et puis, au fil des exercices, quelque chose change.
Les mots deviennent plus personnels. L'humour apparaît. Les participants osent raconter une expérience, exprimer une opinion, montrer une facette d'eux-mêmes qu'ils n'auraient peut-être pas osé dévoiler au début. Leur manière de se tenir change aussi. Ils trouvent davantage d'appuis, occupent autrement l'espace, prennent le temps de regarder les autres.
C'est comme si l'on passait d'une image sur papier glacé à une image en trois dimensions. La personne n'est pas devenue quelqu'un d'autre. Elle commence simplement à apparaître avec davantage de relief.
Pourquoi cherchons-nous à donner une image aussi lisse de nous-mêmes ?
Lorsque nous nous présentons devant des inconnus, nous cherchons généralement à faire bonne impression. C'est parfaitement naturel. Nous voulons être intéressants, compétents, sympathiques. Nous préférons éviter de paraître maladroits, prétentieux ou ridicules.
Alors nous sélectionnons soigneusement ce que nous allons montrer. Nous parlons de notre profession, de nos études, de nos responsabilités. Nous utilisons parfois des formulations tellement convenues qu'elles pourraient presque appartenir à quelqu'un d'autre.
Et pourtant, nous avons tous une personnalité beaucoup plus riche que notre fonction professionnelle ou notre curriculum vitae. Nous avons des goûts, des convictions, des contradictions, des enthousiasmes, des expériences parfois étonnantes.
Pourquoi tout cela disparaît-il si facilement dès que nous devons prendre la parole devant
plusieurs personnes ?
Parce que nous sommes souvent davantage préoccupés par l'image que nous allons donner que par ce que nous avons réellement envie de partager. Et à force de vouloir être irréprochables, nous finissons parfois par devenir un peu… interchangeables. J'aborde également cette question dans mon article Pourquoi vouloir être parfait vous empêche de prendre la parole.
Prendre la parole, ce n'est pas seulement apprendre à bien parler
On associe souvent la prise de parole en public à des compétences techniques.
Savoir articuler, maîtriser son débit, structurer un discours, gérer son trac, regarder son auditoire.
Bien entendu, tout cela se travaille. Mais on peut parfaitement prononcer un discours très correct sans parvenir à établir une véritable relation avec les personnes qui nous écoutent. On peut aussi avoir préparé une présentation impeccable et donner malgré tout l'impression de réciter un texte.
À l'inverse, quelqu'un peut hésiter, chercher un mot, sourire de sa maladresse et réussir à captiver son auditoire.
Pourquoi ?
Parce qu'il est présent. Parce qu'il s'adresse réellement aux autres. Parce qu'il ne cherche pas uniquement à réussir sa prestation.
Il ose être là, tel qu'il est.
Cela ne signifie pas qu'il faille tout raconter de sa vie ou abandonner toute préparation. Être soi ne consiste pas à se dévoiler sans limites. C'est pouvoir choisir ce que l'on souhaite partager, sans être constamment prisonnier de l'image que l'on croit devoir donner.
Du papier glacé à la 3D : quand la parole prend du relief
Ce passage ne se produit pas nécessairement en une seule séance.
Au début d'un stage, les participants ne se connaissent pas. Ils s'observent, cherchent leurs repères, hésitent parfois à prendre la parole. Puis les exercices se succèdent. On improvise. On expérimente. On recommence.
On découvre qu'une hésitation n'est pas une catastrophe, qu'on peut faire rire sans l'avoir prévu, qu'on peut exprimer un désaccord sans nécessairement déplaire. Et progressivement, les présentations changent.
Une personne qui se décrivait uniquement à travers son métier raconte soudain une expérience qui la passionne. Une autre ose défendre une idée. Une autre encore découvre qu'elle peut faire preuve d'humour devant un groupe.Ce n'est plus seulement une présentation. C'est une rencontre.
Et c'est là que la prise de parole devient passionnante : on découvre les autres, mais on découvre aussi des possibilités d'expression que l'on ne s'autorisait pas toujours.
Le corps aussi passe en trois dimensions
Ce changement ne concerne pas uniquement les mots. Je le remarque également dans la statique des participants, leur posture et leur manière d'occuper l'espace.
Au début, certains restent presque immobiles, les épaules contractées, les bras serrés contre le corps. D'autres bougent beaucoup, mais sans véritablement habiter leurs mouvements. Certains semblent vouloir prendre le moins de place possible.
Or, la voix ne fonctionne pas indépendamment du corps. La respiration, les appuis, les tensions musculaires, le regard et la mobilité influencent notre manière de nous exprimer.
C'est pourquoi mon approche de la prise de parole associe un travail corporel à des exercices vocaux et à des mises en situation. Nous travaillons notamment au sol, pour explorer les appuis, relâcher certaines tensions et retrouver davantage de disponibilité corporelle. Puis nous revenons à la position debout, au déplacement, à la relation avec les autres.
Il ne s'agit pas d'apprendre une posture idéale, identique pour tout le monde. Il s'agit de découvrir comment se sentir davantage présent dans son propre corps. Et parfois, lorsque le corps retrouve un peu de liberté, la parole en gagne elle aussi.
Oser prendre sa place, sans prendre celle des autres
Prendre sa place est une expression que j'utilise souvent dans mes formations. Mais elle est parfois mal comprise. Prendre sa place ne signifie pas parler plus fort que les autres, monopoliser l'attention ou chercher à s'imposer. Cela peut être beaucoup plus simple :
- Oser donner son avis pendant une réunion.
- Dire que l'on n'est pas d'accord.
- Exprimer un besoin sans s'excuser interminablement.
- Prendre le temps de terminer une phrase.
- Ou simplement accepter d'être regardé et écouté.
J'ai récemment consacré un article à un jeune participant qui avait tellement peur de déranger qu'il demandait la permission de se lever alors qu'il avait mal.
Cette petite situation illustre combien la difficulté à prendre la parole peut parfois être liée à une difficulté plus générale à s'autoriser à exister devant les autres.
Vous pouvez découvrir cette expérience dans mon article :
Et si nous retrouvions aussi le plaisir de communiquer ?
Je tiens beaucoup à cette dimension dans mes stages. Nous travaillons sérieusement, mais cela n'empêche ni l'humour ni le plaisir. Au contraire.
Lorsque les participants commencent à rire d'une situation, à improviser ou à accepter de ne pas tout contrôler, quelque chose se détend. L'attention se déplace.
On ne se demande plus uniquement : « Est-ce que je vais être à la hauteur ? »
On commence à se demander : « Qu'est-ce que j'ai envie de dire ? Qu'est-ce que j'ai envie de partager ? »
Une participante avait d'ailleurs résumé cette évolution par une formule que j'aime beaucoup : passer de l'enjeu au jeu. J'en parle dans l'article Prendre la parole en public : et si vous passiez de l'enjeu au jeu ?.
Il ne s'agit évidemment pas de transformer toute intervention professionnelle en spectacle. Mais retrouver un peu de plaisir dans la communication peut changer profondément notre rapport à la prise de parole.
Prendre la parole en public à Bruxelles : une expérience à vivre
On ne vient pas seulement apprendre à parler devant des personnes.
On vient parfois retrouver une liberté qu'on a perdue : celle d'oser s'exprimer, de prendre sa place, de ne plus se laisser paralyser par le regard des autres. Celle, tout simplement, d'être soi.
C'est cette liberté que je cherche à développer dans mes formations.
Pas en proposant une série de recettes applicables à tout le monde.
Mais en partant de chaque personne, de sa voix, de son corps, de ses habitudes et de ses difficultés particulières.
À Bruxelles, je propose différentes possibilités pour expérimenter ce travail :
- Des stages de prise de parole en petit groupe, pour pratiquer devant les autres, travailler la présence, la voix, le corps et la confiance dans un cadre bienveillant.
- Des coachings individuels, pour approfondir une difficulté personnelle ou préparer une situation précise : réunion, présentation professionnelle, entretien, conférence ou intervention publique.
Vous pouvez consulter les prochains stages de prise de parole à Bruxelles ou découvrir mon coaching individuel en prise de parole.
Et si vous laissiez apparaître un peu plus de relief ?
La prochaine fois que vous devrez vous présenter devant un groupe, observez ce que vous choisissez de raconter. Est-ce uniquement une succession d'informations correctes ?
Ou laissez-vous aussi apparaître quelque chose de votre personnalité, de vos convictions, de votre enthousiasme ?
- Vous n'avez pas besoin de tout dire.
- Vous n'avez pas besoin d'être parfait.
- Et vous n'avez certainement pas besoin de devenir quelqu'un d'autre.
Peut-être suffit-il, pour commencer, de quitter un peu le papier glacé et d'oser apparaître en trois dimensions.

