Prendre la parole, c'est aussi oser prendre sa place

Il y a quelques jours, pendant un stage de prise de parole en public, un jeune participant nous expliquait qu'il avait beaucoup de mal à s'affirmer.

Étudiant en journalisme, il allait pourtant être amené à prendre régulièrement la parole pendant ses cours.

Mais ce n'était pas uniquement parler devant un groupe qui lui posait problème.

Il avait du mal à exprimer ce qu'il pensait, à dire ce qu'il voulait, à affirmer ses besoins.

Il craignait de déranger, de déplaire, de ne pas être apprécié.

Et puis, pendant un exercice au sol, il m'a posé une question toute simple : 

« Est-ce que je peux me lever ? J'ai mal au sacrum. » 

Je lui ai répondu :

« Mais tu n'as pas besoin de me demander la permission ! Tu peux simplement te lever et dire : excusez-moi, j'ai mal au sacrum, je vais m'asseoir sur une chaise. »

Cette petite scène m'a particulièrement intéressée.

Parce qu'elle illustre quelque chose que j'observe régulièrement dans mon travail.

Prendre la parole, ce n'est pas seulement apprendre à parler devant les autres. C'est parfois commencer par s'autoriser à exister parmi eux.

Pourquoi avons-nous parfois si peur de déranger ?

Certaines personnes n'ont aucune difficulté à formuler une idée lorsqu'elles sont seules.

Elles savent ce qu'elles pensent.

Elles savent ce qu'elles aimeraient dire.

Mais dès qu'elles se trouvent face à d'autres personnes, elles hésitent.

Elles se demandent si leur intervention est intéressante.

Si leur question est pertinente.

Si elles ne risquent pas de paraître ridicules.

Ou simplement si elles ne vont pas déranger.

Alors elles se taisent.

Elles attendent.

Elles laissent passer l'occasion de s'exprimer.

Et parfois, à force de vouloir être appréciées, elles finissent par s'effacer.

Ce n'est pas nécessairement un manque d'idées ou de compétences.

C'est souvent une difficulté à s'autoriser à prendre sa place dans la relation aux autres.

S'affirmer, ce n'est pas s'imposer

Il existe une différence importante entre s'affirmer et vouloir dominer les autres.

S'affirmer, ce n'est pas parler plus fort que tout le monde.

Ce n'est pas chercher à avoir toujours raison.

Ce n'est pas imposer son point de vue.

C'est pouvoir dire : 

« Je ne suis pas d'accord. » 

« J'aimerais ajouter quelque chose. » 

« Je n'ai pas compris, pourriez-vous préciser ? » 
 

Ou tout simplement :

« J'ai besoin de changer de position, je vais m'asseoir sur une chaise. »

Sans agressivité.

Sans devoir se justifier interminablement.

Et sans considérer que le fait d'exprimer un besoin constitue une faute.

C'est ce qu'on appelle l'assertivité : la capacité à exprimer ses idées, ses besoins et ses limites tout en respectant ceux des autres.

Cette compétence est précieuse dans la vie professionnelle, dans les études, mais aussi dans les relations quotidiennes.

Car prendre sa place ne signifie pas prendre celle de quelqu'un d'autre.

Le corps a aussi quelque chose à nous apprendre

Ce jeune étudiant m'a fait une autre remarque à la fin du stage.

Il m'a expliqué que les exercices au sol lui avaient fait énormément de bien.

C'était une découverte pour lui. Il n'avait jamais expérimenté ce type de travail.

Et cela ne m'a pas étonnée.

Lorsque nous avons peur de prendre la parole, nous avons souvent tendance à nous concentrer exclusivement sur notre discours.

Nous cherchons les bons mots.

Nous préparons nos phrases.

Nous essayons d'anticiper les réactions des autres.

Mais nous oublions parfois notre corps.

Pourtant, celui-ci participe pleinement à notre manière de nous exprimer.

La respiration peut se raccourcir.

Les épaules se contractent.

La mâchoire se crispe.

Les appuis deviennent moins stables.

Et la voix peut perdre de sa liberté.

C'est pourquoi, dans mes stages, j'accorde une place importante au travail corporel : respiration, relâchement, conscience des appuis, disponibilité du corps et de la voix.

Les exercices au sol ne sont pas une parenthèse avant le travail de prise de parole.

Ils font partie intégrante de ce travail.

Ils permettent d'explorer une autre manière d'habiter son corps, de respirer et d'aborder la parole.

Et parfois, c'est en commençant par relâcher certaines tensions que l'on découvre une autre façon de se tenir devant les autres.

Oser parler sans chercher constamment à plaire

Vouloir être apprécié est profondément humain.

Mais lorsque cette préoccupation devient trop importante, elle peut nous empêcher de nous exprimer librement.

On évite de poser une question.

On n'ose pas contredire quelqu'un.

On accepte une situation qui ne nous convient pas.

On préfère se taire plutôt que risquer de déplaire.

Et cette attitude peut se retrouver jusque dans les prises de parole les plus ordinaires.

Pendant une réunion, par exemple, on renonce à défendre une idée.

En cours, on hésite à intervenir alors qu'on aurait quelque chose à apporter.

Dans une discussion, on attend que les autres décident.

Apprendre à prendre la parole, c'est aussi expérimenter le fait que l'on peut être entendu sans devoir être parfait, brillant ou constamment agréable.

On peut être respectueux des autres sans s'effacer soi-même.

Le regard des autres : une pression parfois bien encombrante

Dans mes stages, je rencontre régulièrement des personnes qui redoutent le jugement.

Elles ont peur de se tromper, de perdre leurs mots ou de paraître maladroites.

Et cette peur peut prendre tellement de place qu'elle finit par les empêcher d'être véritablement présentes.

C'est une difficulté que j'explore également dans mon article Pourquoi perdez-vous vos moyens lorsque vous prenez la parole en public ?.

L'un des objectifs de mes ateliers est justement de permettre aux participants d'expérimenter autre chose.

Ils prennent la parole.

Ils improvisent.

Ils hésitent parfois.

Ils recommencent.

Ils découvrent progressivement qu'ils peuvent être écoutés sans devoir réussir parfaitement chaque exercice.

Et surtout, ils apprennent à porter leur attention sur ce qu'ils souhaitent partager plutôt que sur l'image qu'ils pensent devoir donner.

Cette idée rejoint celle que je développe dans Prendre la parole en public : et si vous passiez de l'enjeu au jeu ?.

Car lorsque l'on cesse de considérer chaque intervention comme une épreuve, il devient plus facile d'expérimenter, de jouer et de communiquer.

Quand le groupe permet à chacun d'être davantage lui-même

Il y a quelque chose que j'apprécie particulièrement dans les stages en petit groupe.

Au début, les participants arrivent avec leurs appréhensions, leurs attentes et parfois une certaine réserve.

Chacun observe un peu les autres.

Puis, progressivement, les échanges se développent.

Les exercices créent des occasions de se découvrir.

On ose davantage.

On rit parfois de ses maladresses.

On se rend compte que les autres rencontrent eux aussi des difficultés.

Et quelque chose peut changer dans la manière dont chacun se présente au groupe.

Lors de ce dernier stage, j'ai particulièrement apprécié de voir les participants oser progressivement se montrer tels qu'ils étaient.

Sans chercher constamment à impressionner.

Sans devoir jouer un personnage.

Simplement en étant plus présents, plus disponibles, plus authentiques. 

C'est souvent lorsque l'on cesse de vouloir paraître que l'on commence réellement à entrer en relation.

Une autre manière d'aborder la semaine à venir

À la fin du stage, ce jeune étudiant était visiblement plus à l'aise qu'au début.

Il m'a confié qu'il se sentait beaucoup plus serein à l'idée de retourner à son école de journalisme, où il allait devoir prendre la parole pendant ses cours.

Bien sûr, deux demi-journées ne suffisent pas à faire disparaître toutes les appréhensions.

Et chacun progresse à son rythme.

Mais il avait découvert plusieurs choses importantes.

Que son corps pouvait devenir un appui.

Qu'il pouvait exprimer un besoin sans nécessairement demander la permission.

Qu'il pouvait prendre la parole devant les autres et se sentir progressivement plus à l'aise.

Et peut-être surtout qu'il avait le droit de prendre sa place.

Et si vous osiez, vous aussi, prendre votre place ?

Vous avez parfois du mal à vous exprimer devant les autres ?
Vous hésitez à intervenir en réunion, à poser une question ou à défendre une idée ?

Vous avez tendance à vous effacer pour éviter de déranger ou de déplaire ?

Le travail de prise de parole peut vous permettre d'explorer une autre manière de communiquer.

Non pas pour devenir quelqu'un d'autre.

Mais pour vous sentir progressivement plus libre d'exprimer ce que vous pensez, ce que vous ressentez et ce que vous souhaitez partager.

C'est précisément ce que nous explorons lors de mes stages de prise de parole en public à Bruxelles, où chacun peut expérimenter à son rythme, dans un petit groupe. 

Prochain stage de prise de parole en public à Bruxelles : 14 et 15 novembre 2026

Je propose un nouveau stage les samedi 14 et dimanche 15 novembre 2026.

Deux demi-journées, soit six heures de pratique pour travailler la respiration, le corps, la voix, la posture, l'improvisation, la structure du discours et l'aisance devant les autres.

Tarif : 175 € (215 € avec facture).

Vous retrouverez le programme et les modalités d'inscription sur la page consacrée aux stages de prise de parole d'un week-end.

Et si vous préférez travailler une difficulté précise ou préparer une intervention particulière, vous pouvez également découvrir mon coaching individuel en prise de parole à Bruxelles.

Car au fond, apprendre à prendre la parole ne consiste pas uniquement à trouver les bons mots.

C'est aussi découvrir que l'on a le droit de les prononcer.

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Françoise Akis